La phase secondaire progressive de la sclérose en plaques : inexpliquée, intraitable et implacable

La sclérose en plaques (SEP) est une maladie chronique qui touche le cerveau et la moelle épinière. Chez la majorité des patients, l’évolution débute sous la forme d’une sclérose en plaques rémittente-récurrente (SEP-RR). Dans cette phase initiale, des épisodes inflammatoires provoquent des symptômes neurologiques qui peuvent ensuite s’atténuer partiellement. Ce modèle d’évolution peut se maintenir pendant de nombreuses années et correspond à la forme la plus fréquente au moment du diagnostic.

Avec le temps, l’évolution de la maladie peut toutefois changer. Les neurologues parlent alors de sclérose en plaques secondaire progressive (SEP-SP). Dans cette phase plus avancée, le handicap neurologique progresse de manière graduelle, plutôt que d’apparaître uniquement lors des poussées. Des poussées peuvent encore survenir, mais elles n’expliquent plus à elles seules les changements observés dans la fonction neurologique.

Les recherches indiquent de plus en plus que les mécanismes à l’origine de cette progression diffèrent de ceux qui provoquent l’activité inflammatoire observée aux premiers stades de la maladie (Huang et al., 2023). Lorsque les symptômes évoluent de cette façon, les patients consultent souvent afin de mieux comprendre la signification de ces changements. Chez Clinique Neuro-Outaouais, l’évaluation réalisée à notre clinique neurologique de Gatineaul comprend un examen neurologique complet et l’analyse des résultats d’imagerie chez les personnes vivant avec la sclérose en plaques.

La phase secondaire progressive de la sclérose en plaques

Définition de la sclérose en plaques secondaire progressive (SEP-SP)?

La sclérose en plaques secondaire progressive correspond à une étape de la maladie où l’évolution n’est plus dominée par les poussées inflammatoires, mais par une détérioration neurologique graduelle. Au début de la SEP, les symptômes reflètent habituellement des épisodes inflammatoires dans le système nerveux central. Ces poussées peuvent affecter la vision, la sensibilité, l’équilibre ou la force musculaire, puis s’atténuer partiellement après l’épisode.

Au stade secondaire progressif, ce schéma devient moins marqué. Les difficultés à la marche peuvent augmenter progressivement. La dextérité peut diminuer. L’efficacité cognitive peut également évoluer graduellement. La caractéristique centrale demeure la progression du handicap entre les poussées et l’aggravation continue de la fonction neurologique. Les examens d’imagerie par résonance magnétique peuvent encore révéler des lésions inflammatoires et certaines personnes atteintes de SEP-SP continuent de présenter des poussées. Toutefois, la fonction neurologique peut continuer à se détériorer en dehors de ces épisodes.

La transition vers cette phase est rarement identifiable à un moment précis. Les neurologues reconnaissent généralement la progression vers la SEP-SP après avoir observé, au fil de plusieurs consultations, une aggravation constante de la fonction neurologique appuyée par l’examen clinique et les résultats d’imagerie.

Une phase progressive encore difficile à expliquer

Un des aspects les plus complexes de la SEP progressive est l’observation d’une aggravation du handicap même lorsque l’activité inflammatoire semble faible. Cette réalité a conduit les chercheurs à décrire la progression indépendante de l’activité des poussées, connue sous l’acronyme PIRA (Ontaneda et al., 2022).

Les travaux de recherche suggèrent que plusieurs processus biologiques participent à cette évolution. Les lésions des fibres nerveuses, une activité immunitaire persistante dans le système nerveux central et des modifications structurelles des réseaux neuronaux semblent contribuer au processus de progression (Lassmann, 2024). Ces mécanismes se développent lentement et peuvent se poursuivre bien après les phases inflammatoires initiales de la maladie.

Des options thérapeutiques limitées

De nombreux patients souhaitent savoir si un traitement peut interrompre la progression de la maladie. À l’heure actuelle, aucune thérapie ne permet de guérir la sclérose en plaques secondaire progressive.

Certains traitements modificateurs de la maladie sont toutefois indiqués lorsque l’activité inflammatoire persiste, situation parfois décrite comme une SEP-SP active. Ces traitements ciblent les mécanismes immunitaires liés à l’inflammation (Fox et al., 2024).

Le déclin neurologique progressif est toutefois étroitement associé à des phénomènes neurodégénératifs touchant le cerveau et la moelle épinière. La perte de fibres nerveuses et les transformations structurelles du système nerveux central semblent contribuer à l’accumulation du handicap à ce stade (Dutta & Trapp, 2022). Comme ces processus diffèrent de ceux qui provoquent les poussées inflammatoires, ils demeurent difficiles à traiter avec les approches thérapeutiques actuellement disponibles.

Effets de la SEP progressive sur la fonction neurologique

Les manifestations de la SEP progressive apparaissent généralement de façon graduelle. Les premières difficultés concernent souvent la mobilité. La distance de marche peut diminuer, l’équilibre peut devenir moins stable et la coordination peut demander davantage d’efforts.

Une raideur musculaire appelée spasticité peut également apparaître lorsque la moelle épinière est impliquée dans la maladie. La fatigue demeure fréquente et peut influencer à la fois l’activité physique et la capacité de concentration.

Des changements cognitifs peuvent aussi être observés. La vitesse de traitement de l’information peut ralentir et l’attention soutenue peut devenir plus exigeante. Ces manifestations reflètent des modifications structurelles dans le cerveau et la moelle épinière, notamment la perturbation des réseaux neuronaux et la perte de fibres nerveuses (Lassmann, 2024). Le rythme de progression varie considérablement d’une personne à l’autre.

Le rôle du suivi neurologique dans la phase progressive

La prise en charge de la SEP progressive repose en grande partie sur le suivi neurologique. L’évaluation de l’évolution de la fonction neurologique au fil du temps constitue un élément central de la pratique clinique. Lors de l’examen, les neurologues analysent la mobilité, la coordination, les réflexes et certaines fonctions cognitives. Les examens d’imagerie apportent des informations complémentaires sur l’activité de la maladie et les changements structurels du système nerveux central. Les consultations surviennent souvent lorsque de nouveaux symptômes apparaissent ou lorsque les résultats d’imagerie soulèvent des questions quant à l’évolution de la maladie.

Chez Clinique Neuro-Outaouais, les personnes atteintes de sclérose en plaques peuvent consulter à notre clinique neurologique de Gatineau afin d’examiner leurs résultats neurologiques et de discuter de l’évolution de leur condition.

Consulter un neurologue pour discuter de la SEP progressive chez Neuro Outaouais

La sclérose en plaques progressive secondaire correspond à un stade de la maladie où le déclin neurologique s’installe de manière plus persistante et où des altérations fonctionnelles peuvent apparaître progressivement au fil du temps. Comme cette transition se produit rarement d’un seul coup, sa compréhension nécessite souvent une observation attentive lors de plusieurs consultations, ainsi qu’une interprétation rigoureuse des symptômes neurologiques et des résultats d’imagerie.

À la Clinique Neuro-Outaouais, notre travail se concentre sur l’évaluation neurologique et l’interprétation clinique des affections touchant le cerveau et la moelle épinière, y compris la sclérose en plaques. 

Nous participons actuellement à deux essais cliniques incluant des patients atteints de SEP-SP. Le premier, FREVIVA, est un essai clinique de phase 3 dans lequel le frexalimab, un anticorps monoclonal anti-CD40L administré par voie intraveineuse toutes les 4 semaines, est comparé à un placebo chez une population de patients atteints de SEP-SP. Le recrutement est terminé et l’essai est en cours. Le second, l’étude CeV, est un essai de phase 3 monocentrique visant à évaluer l’impact de la stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) sur la vitesse de marche et l’endurance, et à corroborer cette amélioration par des modifications électroencéphalographiques (EEG) chez les patients atteints de paraparésie spastique induite par la SEP. Le recrutement est en cours et ouvert aux patients atteints de SEP de tous types.

Si vous vivez avec la SEP et que vous avez des questions concernant de nouveaux symptômes, la progression de la maladie ou des résultats d’imagerie récents, une consultation neurologique peut vous apporter des éclaircissements et une perspective clinique.

Références

Dutta, R., & Trapp, B. D. (2022). Mechanisms of neurodegeneration in multiple sclerosis. Brain Sciences, 12(2), 183. https://www.mdpi.com/2076-3425/12/2/183

Fox, R. J., et al. (2024). Treatment strategies for progressive multiple sclerosis. The Lancet Neurology. https://www.thelancet.com/journals/laneur/article/PIIS1474-4422(24)00027-9/abstract

Huang, W. J., Chen, W. W., & Zhang, X. (2023). Multiple sclerosis: Pathology and disease mechanisms. Frontiers in Molecular Neuroscience. https://www.frontiersin.org/journals/molecular-neuroscience/articles/10.3389/fnmol.2023.1210091/full

Lassmann, H. (2024). Pathogenic mechanisms in progressive multiple sclerosis. Nature Reviews Neurology. https://www.nature.com/articles/s41582-024-01006-1

Ontaneda, D., et al. (2022). Progressive multiple sclerosis: prospects for disease therapy, repair, and restoration. PMC. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9185385/

An over top picture of a human brain on a white background
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