La sclérose en plaques secondairement progressive (SEP-SP) correspond à une phase de la maladie où l’aggravation neurologique devient graduelle et continue. Cette progression peut s’accompagner de poussées ou d’activité à l’imagerie par résonance magnétique, mais elle peut aussi survenir en leur absence.
Chez les personnes atteintes de sclérose en plaques, les discussions thérapeutiques évoluent souvent avec le temps. Les premières années de suivi portent généralement sur les poussées et l’activité à l’IRM. Plus tard, la conversation clinique se déplace vers la progression fonctionnelle, la perte graduelle de capacités et l’orientation des soins à long terme.
À Clinique Neuro Outaouais, ces discussions s’organisent généralement autour de trois axes : les traitements actuellement approuvés pour la SEP-SP active, les approches thérapeutiques en cours d’étude visant la progression de la maladie et les recherches consacrées à la neuroprotection ou à la réparation du tissu nerveux.
Comprendre la sclérose en plaques secondairement progressive
La SEP-SP apparaît le plus souvent après une phase de sclérose en plaques rémittente-récurrente. La transition entre ces deux phases n’est généralement pas identifiée lors d’une consultation précise. Elle devient plutôt apparente avec le temps, lorsque l’évolution clinique révèle une aggravation neurologique graduelle.
Une revue publiée en 2023 dans Neurology: Neuroimmunology & Neuroinflammation décrit la SEP-SP comme une progression du handicap survenant indépendamment des poussées. Le diagnostic est souvent posé de façon rétrospective, une fois qu’un déclin fonctionnel soutenu est clairement établi. La revue indique même que la majorité de l’aggravation observée dans la SEP-SP correspond à une progression indépendante de l’activité des poussées, même si celles-ci peuvent encore contribuer à l’accumulation du handicap chez certains patients. Cette distinction demeure importante, car l’activité de la maladie continue d’influencer les décisions thérapeutiques (Ziemssen et al., 2023).
Pourquoi la prise en charge diffère de la forme rémittente-récurrente
Dans la SEP-SP, le contrôle des poussées ne suffit pas à expliquer l’évolution de la maladie. La progression du handicap devient un élément central.
Une revue publiée en 2025 dans Frontiers in Immunology décrit la sclérose en plaques progressive comme un processus impliquant plusieurs mécanismes pathologiques au sein du système nerveux central : neuroinflammation compartimentaliser, dégénérescence axonale, activation microgliale, stress oxydatif, dysfonction mitochondriale, accumulation toxique de fer et défaut de remyélinisation. L’aggravation de l’incapacité peut résulter d’une détérioration associée aux poussées ou d’une progression indépendante de l’activité inflammatoire. Dans les stades plus avancés de la maladie, cette progression indépendante des poussées constitue le principal moteur de l’accumulation du handicap. Pour cette raison, la réflexion thérapeutique dépasse les stratégies anti-inflammatoires classiques (Lublin et al., 2025).
Traitements actuellement approuvés
Au Canada, l’accès aux traitements pour la SEP-SP dépend encore du niveau d’activité de la maladie. Le siponimod est approuvé pour les patients présentant une SEP-SP active, c’est-à-dire associée à des poussées ou à des signes d’activité inflammatoire à l’imagerie. L’objectif du traitement consiste à ralentir la progression de l’incapacité physique. Cette indication reste toutefois limitée aux formes actives de la maladie et ne s’applique pas à l’ensemble des cas de SEP-SP (Novartis Pharmaceuticals Canada Inc., 2023).
Que signifie « nouvelle thérapie » dans le contexte de la SPMS?
Dans la littérature scientifique, l’expression nouvelle thérapie peut renvoyer à plusieurs réalités distinctes : un médicament récemment approuvé, une molécule en phase 2 ou phase 3 d’essais cliniques, ou encore une stratégie thérapeutique ciblant les mécanismes biologiques de la progression plutôt que l’inflammation responsable des poussées.
Ces catégories ne sont pas équivalentes. Un résultat positif d’essai clinique ne correspond pas à une autorisation réglementaire, et une hypothèse biologique prometteuse ne constitue pas un traitement reconnu. Dans un domaine aussi complexe que la sclérose en plaques progressive, la précision du vocabulaire demeure essentielle pour interpréter correctement les données scientifiques (Ziemssen et al., 2023; Lublin et al., 2025).
Un domaine de recherche surveillé de près : les inhibiteurs de BTK
Raisons scientifiques de cet intérêt
Les inhibiteurs de la tyrosine kinase de Bruton (TKB) font actuellement l’objet d’essais cliniques dans différentes types de sclérose en plaques, y compris les formes progressives. Le tolébrutinib a notamment été étudié dans la sclérose en plaques secondairement progressive non rémittente.
L’intérêt pour cette classe thérapeutique découle directement de la biologie de la SP progressive. Selon la revue publiée en 2025 dans Frontiers in Immunology, des processus inflammatoires persistants peuvent se maintenir à l’intérieur du système nerveux central même en l’absence de poussées cliniques. Les inhibiteurs de TKB agissent sur des voies de signalisation immunitaire impliquées dans ces mécanismes, ce qui explique leur présence dans plusieurs programmes de recherche clinique (Lublin et al., 2025).
Données publiées à ce jour
Dans les études portant sur la sclérose en plaques progressive, les critères d’évaluation s’intéressent généralement à la progression du handicap plutôt qu’à la fréquence des poussées. Les analyses reposent souvent sur des mesures standardisées de progression neurologique confirmée sur une période donnée.
L’essai clinique de <<phase 3 HERCULES >> a évalué le tolébrutinib chez des patients atteints de SEP-SP non rémittente. Les résultats ont été publiés en 2025 dans The New England Journal of Medicine. Selon les données rapportées, les participants traités par tolébrutinib présentaient un risque plus faible de progression confirmée du handicap maintenue pendant au moins six mois comparativement au groupe placebo (Fox et al., 2025). L’étude a également signalé certains effets indésirables, dont une élévation plus fréquente des enzymes hépatiques dans le groupe traité.
En 2025, Sanofi a indiqué que le tolébrutinib demeurait en cours d’évaluation clinique et que son innocuité ainsi que son efficacité n’avaient pas encore été confirmées par les autorités réglementaires (Sanofi, 2025a, 2025b).
Interprétation clinique pour les patients suivis à Clinique Neuro Outaouais
Chez Clinique Neuro Outaouais, les discussions concernant la sclérose en plaques secondaire progressive (SEP-SP) commencent par une compréhension claire de l’évolution de la maladie chez chaque patient et de son niveau de fonctionnement actuel. La SEP-SP soulève souvent de nouvelles questions pour les patients et leurs familles, en particulier lorsqu’ils sont confrontés à des gros titres sur des traitements émergents ou des essais cliniques récents. Notre rôle, en tant que neurologues, consiste à interpréter ces informations avec soin et à les replacer dans leur contexte clinique approprié. Nous passons en revue les données disponibles, discutons des options thérapeutiques approuvées lorsque cela est approprié, et expliquons en quoi la recherche en cours peut ou non s’appliquer à une situation spécifique.
Nous participons actuellement à deux essais cliniques incluant des patients atteints de SEP-SP. Le premier, FREVIVA, est un essai clinique de phase 3 dans lequel le frexalimab, un anticorps monoclonal anti-CD40L administré par voie intraveineuse toutes les 4 semaines, est comparé à un placebo chez une population de patients atteints de SEP-SP. Le recrutement est terminé et l’essai est en cours. Le second, l’étude CeV, est un essai de phase 3 monocentrique visant à évaluer l’impact de la stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) sur la vitesse de marche et l’endurance, et à corroborer cette amélioration par des modifications électroencéphalographiques (EEG) chez les patients atteints de paraparésie spastique induite par la SEP. Le recrutement est en cours et ouvert aux patients atteints de SEP de tous types.
Les patients orientés vers notre clinique de santé neurologique souhaitent souvent obtenir des éclaircissements sur ce que la science confirme actuellement, et leur apporter ces éclaircissements constitue un élément important des soins que nous dispensons.
Références
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Lublin, F. D., Sormani, M. P., Kappos, L., Ontaneda, D., Hauser, S. L., Fox, R. J., Reich, D. S., Arnold, D. L., Bermel, R. A., Chataway, J., Cree, B. A. C., Giovannoni, G., Lubetzki, C., Oh, J., Popescu, B. F. G., Sastre-Garriga, J., Tortorella, C., Tur, C., & Ziemssen, T. (2025). Current challenges in secondary progressive multiple sclerosis: Diagnosis, activity detection and treatment. Frontiers in Immunology, 16, Article 1543649. https://www.frontiersin.org/journals/immunology/articles/10.3389/fimmu.2025.1543649/full
Novartis Pharmaceuticals Canada Inc. (2023). Mayzent (siponimod) product monograph. https://www.novartis.com/ca-en/sites/novartis_ca/files/mayzent_scrip_e.pdf
Sanofi. (2025a, March 25). Press release: Tolebrutinib regulatory submission accepted in the US for non-relapsing secondary progressive multiple sclerosis and to slow disability accumulation independent of relapse activity. https://www.sanofi.com/en/media-room/press-releases/2025/2025-03-25-06-00-00-3048411
Sanofi. (2025b, April 8). Press release: Tolebrutinib phase 3 data published in NEJM demonstrate benefit on disability progression in multiple sclerosis.https://www.sanofi.com/en/media-room/press-releases/2025/2025-04-08-17-11-11-3057931
Tomizawa, Y., Hagiwara, A., Hoshino, Y., Nakaya, M., Kamagata, K., Cossu, D., Yokoyama, K., Aoki, S., & Hattori, N. (2024). The glymphatic system as a potential biomarker and therapeutic target in secondary progressive multiple sclerosis. Multiple Sclerosis and Related Disorders, 82, 105437. https://doi.org/10.1016/j.msard.2024.105437
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Ziemssen, T., Bhan, V., Chataway, J., Chitnis, T., Cree, B. A. C., Kubala Havrdova, E., Kappos, L., Labauge, P., Miller, A., Nakahara, J., Oreja-Guevara, C., Palace, J., Singer, B., Trojano, M., Patil, A., Rauser, B., & Hach, T. (2023). Secondary progressive multiple sclerosis: A review of clinical characteristics, definition, prognostic tools, and disease-modifying therapies. Neurology: Neuroimmunology & Neuroinflammation, 10(1), Article e200064. https://doi.org/10.1212/NXI.0000000000200064
