Maladie d’Alzheimer : diagnostic précoce et nouvelles options de traitement

Une maladie qui peut commencer bien avant les symptômes

La maladie d’Alzheimer est la cause la plus fréquente de démence. Elle évolue graduellement et peut entraîner, avec le temps, une perte importante d’autonomie. Même si les symptômes progressent souvent sur une période de huit à quinze ans, les changements biologiques peuvent être présents dans le cerveau plusieurs décennies avant l’apparition de la démence.

C’est pourquoi un diagnostic précoce est si important. Les pertes de mémoire ne sont qu’une partie du portrait. Les changements dans le langage, l’attention, l’orientation, le jugement ou le fonctionnement au quotidien doivent aussi être évalués dans un contexte neurologique plus large.

La maladie d’Alzheimer est complexe. Plusieurs mécanismes peuvent être impliqués, dont l’inflammation, le stress oxydatif, l’excitotoxicité liée au glutamate, l’atteinte du système cholinergique, le dérèglement de l’autophagie, l’axe intestin-cerveau, ainsi que les processus liés à la bêta-amyloïde et à la protéine tau.

Des mécanismes qui interagissent entre eux

L’hypothèse de la cascade amyloïde demeure l’une des explications les plus reconnues. Elle ne résume toutefois pas toute la maladie. Chez plusieurs patients, différents mécanismes biologiques semblent agir ensemble, avec une influence variable selon le stade de la maladie, les facteurs de risque et la santé cérébrale globale.

Le rôle de la bêta-amyloïde

La bêta-amyloïde est une protéine qui peut s’accumuler entre les cellules du cerveau. Cette accumulation peut découler d’une production excessive, d’une élimination insuffisante ou d’une combinaison des deux.

Avant de former des plaques, la bêta-amyloïde peut exister sous des formes solubles, dont les protofibrilles. Avec le temps, elle peut former des dépôts plus insolubles, appelés plaques amyloïdes. Ces plaques peuvent contribuer à des réactions biologiques en chaîne, notamment l’inflammation, le stress oxydatif et des changements touchant la protéine tau.

L’ApoE joue aussi un rôle important, puisqu’elle participe au transport de l’amyloïde. Le statut ApoE peut donc être pertinent dans l’évaluation du risque et dans la sélection de certains traitements.

Protéine tau et atteinte des réseaux neuronaux

La protéine tau contribue normalement à la structure interne des neurones. Lorsqu’elle devient anormalement phosphorylée, elle peut s’accumuler dans les cellules, perturber leur fonctionnement et contribuer à la mort neuronale.

La tau peut aussi se propager d’un neurone à l’autre par les synapses, en suivant les réseaux cérébraux déjà connectés. Cette propagation aide à expliquer pourquoi la maladie d’Alzheimer ne se manifeste pas toujours de la même manière. Chez certaines personnes, les troubles de mémoire dominent. Chez d’autres, les difficultés touchent davantage le langage, l’orientation, la planification ou le traitement visuel.

Biomarqueurs et diagnostic de l’Alzheimer

Le diagnostic repose d’abord sur une évaluation clinique complète. Les biomarqueurs peuvent ensuite aider à confirmer la maladie d’Alzheimer, à préciser son stade biologique et à orienter certaines décisions de traitement.

Selon la situation, l’évaluation peut inclure le rapport bêta-amyloïde 42/40 dans le liquide céphalorachidien, le p-tau217 sanguin, une TEP amyloïde, une TEP tau, ainsi que certains marqueurs comme le NfL et le GFAP.

Ces résultats doivent toujours être interprétés avec prudence. Un biomarqueur ne remplace pas l’examen clinique. À la Clinique Neuro-Outaouais, nous tenons compte de l’ensemble du portrait : vos symptômes, vos antécédents médicaux, vos médicaments, votre santé mentale, votre sommeil et vos autres facteurs neurologiques.

Essais cliniques et nouvelles options de traitement

Les traitements anti-amyloïdes ont ouvert une nouvelle étape dans la prise en charge de certains patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Le lecanemab, connu sous le nom Leqembi, et le donanemab, connu sous le nom Kisunla, ont été évalués dans les essais Clarity-AD et TRAILBLAZER-ALZ 2. Dans ces études, les deux traitements ont ralenti la progression de la maladie par rapport au placebo chez des personnes ayant une maladie d’Alzheimer confirmée par des marqueurs biologiques, au stade de trouble cognitif léger ou de démence légère.

Lecanemab et essai Clarity-AD

Dans l’essai Clarity-AD, le lecanemab a été étudié sur 18 mois. Comparativement au placebo, il a permis de réduire de façon importante les dépôts amyloïdes visibles à la TEP et de ralentir la progression clinique de la maladie. Cette progression a été mesurée à l’aide de plusieurs échelles reconnues, dont la CDR-SB, l’ADAS-Cog14, l’ADCS MCI-ADL, les mesures de qualité de vie liée à la santé et l’échelle du fardeau du proche aidant.

Les données de la phase de prolongation, allant jusqu’à 36 mois, ont aussi appuyé la durabilité de ces résultats chez certains patients suivis dans le cadre de l’étude.

Commencer plus tôt : ce que suggèrent les données à long terme

Une sous-étude optionnelle de Clarity-AD a utilisé la TEP tau avec le traceur MK6240 pour identifier les patients ayant peu ou pas d’accumulation de tau dans le cerveau. Cette distinction est importante, car l’accumulation de tau est étroitement liée au déclin de la cognition et des capacités de raisonnement. Les patients ayant une charge tau faible ou absente correspondent donc à un stade plus précoce de la maladie.

Après trois ans de traitement par le lecanemab, 59 % de ces patients (soit 24 sur 41) présentaient une amélioration ou aucune détérioration par rapport à leur état initial sur l’échelle CDR-SB. Ces résultats suggèrent qu’un traitement entrepris plus tôt pourrait avoir un effet plus favorable sur l’évolution de la maladie et soutenir certains bénéfices à plus long terme chez des patients atteints d’Alzheimer précoce.

Donanemab et essai Trailblazer-Alz 2

Le donanemab a montré un profil comparable, avec des résultats plus marqués chez les patients à un stade moins avancé de la maladie. Après 18 mois, les participants traités présentaient 40 % moins de déclin dans leur capacité à accomplir les activités de la vie quotidienne.

Chez les participants ayant une accumulation faible ou moyenne de tau, 47 % des patients traités par donanemab ne présentaient aucun déclin sur la CDR-SB après un an, comparativement à 29 % dans le groupe placebo. Le traitement a aussi été associé à une réduction de 39 % du risque d’évoluer vers un stade plus avancé de la maladie.

Accès aux traitements au Canada

Ces thérapies ont été approuvées dans plusieurs pays au cours des dernières années. Au Canada, Santé Canada a approuvé le lecanemab en octobre 2025 pour les adultes ayant un trouble cognitif léger ou une démence légère attribuable à la maladie d’Alzheimer, une pathologie amyloïde confirmée, et un profil ApoE ε4 non porteur ou hétérozygote.

Le donanemab a été approuvé par Santé Canada en mai 2026 pour les adultes ayant un trouble cognitif léger ou une démence légère attribuable à la maladie d’Alzheimer, une pathologie amyloïde confirmée, et un profil ApoE ε4 hétérozygote ou non porteur.

Facteurs de risque, ARIA et surveillance par IRM

Ces traitements exigent une sélection rigoureuse. Les personnes homozygotes pour l’ApoE ε4 ou qui prennent un anticoagulant de façon continue ne devraient pas recevoir ces thérapies.

Le lecanemab et le donanemab sont associés à un risque accru d’ARIA (des anomalies d’imagerie liées à l’amyloïde). L’ARIA-E correspond à un œdème cérébral focal, tandis que l’ARIA-H correspond à des saignements cérébraux focaux. Le risque est plus élevé chez les personnes homozygotes pour l’ApoE ε4 et tend à être plus important en début de traitement.

Un suivi fréquent par IRM est donc nécessaire, selon le calendrier propre à chaque médicament.

Traitement avec l’équipe expérimentée de la Clinique Neuro-Outaouais

L’évaluation précoce, la sélection des patients, l’interprétation des biomarqueurs et la surveillance pendant le traitement doivent être confiées à des neurologues et à des professionnels de la santé qui connaissent bien ces thérapies.

À la Clinique Neuro-Outaouais, nous offrons l’évaluation de la maladie d’Alzheimer, le diagnostic fondé sur les biomarqueurs et le soutien au traitement par l’entremise de notre clinique de neurologie cognitive et de notre clinique de perfusion. Pour en savoir plus, consultez notre page consacrée à la recherche sur la maladie d’Alzheimer.

Références

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